Maîtriser l’autogestion dans le contexte des troubles psychiques constitue un levier essentiel pour favoriser autonomie, confiance et espoir dans le parcours de rétablissement. Cette approche repose sur l’acquisition d’outils concrets, le partage d’expérience et la valorisation de la personne elle-même comme actrice principale de sa santé mentale. Dans ce contexte régional et plus largement, il est aujourd’hui reconnu que :
  • L’autogestion permet d’identifier précocement les signaux d’un trouble, d’agir sur son environnement et de communiquer efficacement avec les professionnels.
  • Des outils pratiques (carnets de suivi, guides WRAP, groupes de pair-aidance) facilitent la structuration et l’application de stratégies personnalisées.
  • Renforcer les alliances (entre usager·ères, proches, professionnels) accentue la confiance et la continuité du parcours d’accompagnement.
  • Les freins à l’autogestion, souvent liés à la stigmatisation ou au manque d’information, appellent des conditions favorables : accès à la formation, reconnaissance de l’expérience, participation active à la décision.
Autant de fondements pour construire ensemble, en région Auvergne Rhône-Alpes et au-delà, un modèle de rétablissement soutenu par l’autogestion au quotidien.

Comprendre l’autogestion : une ressource pour le rétablissement

L’autogestion désigne la capacité de chaque personne à reconnaître ses signes de mal-être ou de crise, comprendre son fonctionnement, prendre des décisions et mettre en action des stratégies adaptées à ses besoins. Selon l’OMS, elle englobe « toutes les actions qu’une personne entreprend elle-même pour gérer sa santé, sa maladie, ou les conséquences physiques, psychiques ou sociales qu’elles impliquent » (OMS).

Ce n’est pas un processus linéaire. Il s’inscrit dans le temps long, parfois ponctué de difficultés, d’essais, d’échecs et d’avancées. Et il suppose un environnement soutenant. L’autogestion ne vise pas à réduire le rôle du soin ou des professionnels, mais à permettre une alliance renouvelée. D’après une étude de l’Université de Nottingham (2019), intégrer des stratégies d’autogestion favorise le sentiment de maîtrise et diminue les hospitalisations non planifiées (source : Psychiatric Quarterly).

Identifier les compétences-clés de l’autogestion

Développer l’autogestion repose sur plusieurs compétences, que toute personne, quel que soit son parcours, peut cultiver, souvent avec l’appui des pairs, des proches, ou des équipes soignantes et sociales.

  1. Auto-observation : apprendre à reconnaître ses signes de bien-être et d’alerte (changement de sommeil, d’énergie, de pensées, d’émotions…).
  2. Planification : anticiper les périodes difficiles, identifier des stratégies pour prévenir ou limiter les crises (contacts d’urgence, activités qui font du bien, routine quotidienne…)
  3. Gestion des émotions et du stress : recourir à des outils (respiration consciente, relaxation, activités créatives, etc.) pour apaiser ou exprimer ses émotions.
  4. Communication : savoir exprimer ses besoins, ses limites, ses attentes, et dialoguer avec les équipes, les proches ou d’autres usagers.
  5. Décision partagée : s’informer sur ses droits, sur les traitements possibles, et co-construire son parcours de soin.

Outils et ressources pour s’autogérer efficacement

Le développement de l’autogestion passe par la mise à disposition d’outils concrets et de ressources. Voici un panorama de ceux qui se sont avérés efficaces dans la communauté santé mentale, en Auvergne Rhône-Alpes et ailleurs.

  • Le Plan Personnalisé de Crise (PPC) : Prendre le temps de rédiger avec l’équipe soignante et/ou les proches un plan décrivant ses signes précoces de crise, ce qui aide, ce qui aggrave, les contacts à prévenir, les interventions préférées ou à éviter.
  • Le programme WRAP (Wellness Recovery Action Plan) : Outil élaboré par des pairs-ressources aux États-Unis, le WRAP aide à construire un plan d’action individualisé pour préserver son bien-être et faire face aux aléas du trouble psychique (WRAP officiel).
  • Le carnet de suivi ou journal de bord : Noter ses ressentis, ses humeurs, les situations ou activités positives ou difficiles. C’est un appui précieux pour mieux se comprendre et repérer les évolutions dans le temps.
  • Les groupes de parole et de pair-aidance : Échanger avec des personnes ayant vécu des expériences similaires apporte soutien, partage de stratégies et sentiment d’appartenance, facteurs identifiés dans la littérature comme protecteurs face à la rechute (INSERM, Rapport 2019).
  • Applications numériques : Des outils comme Mon Sherpa, E-Respite, ou Moodtracker peuvent accompagner au quotidien l’auto-évaluation, la prise de notes ou les techniques de relaxation.

Créer les conditions de l’autogestion : alliances et environnement

L’autogestion ne se décrète pas en vase clos. Elle gagne en efficacité lorsqu’elle s’appuie sur des environnements ouverts : accessibilité à l’information, reconnaissance de l’expérience des personnes concernées, formation continue des professionnels à la collaboration et à la communication non-directive.

  • L’alliance thérapeutique : Favoriser des relations de confiance, où la personne est reconnue comme l’experte de sa propre expérience, contribue à renforcer la motivation et le sentiment de compétence.
  • La famille et les proches : Soutenir sans infantiliser, inviter à devenir « allié·e », partager des temps d’information sur les troubles psychiques, participent à créer un réseau de soutien solide.
  • La formation des professionnels : De plus en plus de programmes incluent désormais des modules sur la décision partagée, l’écoute active et la co-construction du soin. (source : HAS, "Participation du patient en santé mentale", 2021)
  • L’empowerment et la pair-aidance : En contact avec un·e pair-aidant·e formé·e, la personne en rétablissement bénéficie de conseils incarnés, d’encouragements et d’exemples concrets d’autogestion.

Dépasser les obstacles à l’autogestion

Certains freins freinent l’accès ou l’exercice de l’autogestion : fatigue, baisse de motivation, stigmatisation, manque de temps ou d’accès aux outils, faible reconnaissance de la voix des personnes concernées… Selon une enquête de Santé Mentale France (2022), 48 % des usager·ères interrogé·es estiment manquer d’informations sur les solutions à leur disposition (Santé Mentale France).

Pour lever ces obstacles, il importe de :

  • Faciliter l’accès aux ressources (brochures, ateliers, sites fiables, groupes, outils numériques).
  • Valoriser le savoir expérientiel, via la participation active des usager·ères aux événements, instances et dispositifs de formation.
  • Former et sensibiliser les professionnel·les à la spécificité de l’autogestion et à la juste place du « faire avec ».
  • Encourager l’usage des outils d’autodétermination dès l’annonce du diagnostic, sans attendre la stabilisation complète.

L’autogestion en Auvergne Rhône-Alpes : initiatives et perspectives

Plusieurs structures et réseaux locaux (Comité des usagers du Centre Hospitalier du Vinatier à Lyon, réseau Écoute Psychiatrie, GEM de la région) s’engagent à développer la culture de l’autogestion. Des ateliers de psycho-éducation, cafés rencontres, groupes WRAP ou dispositifs d’accompagnement pair se diffusent progressivement, avec des retours positifs sur la reprise de confiance et la diminution du sentiment d’isolement.

L’avenir passe par un soutien accru à ces initiatives, la généralisation des formations (patients, proches, professionnels), la simplification de l’accès aux outils, et la poursuite du travail de lobbying pour une pleine reconnaissance du savoir de l’expérience à l’hôpital et en dehors. À l’échelle régionale comme nationale, l’autogestion est une boussole : elle ne remplace ni la solidarité, ni les soins, mais elle permet de se (re)donner du pouvoir d’agir – seul·e et avec les autres – sur sa trajectoire de vie avec un trouble psychique.

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