La pair-aidance, une réponse concrète aux besoins de santé mentale

La pair-aidance, c’est avant tout un élan collectif : celui de personnes qui, ayant traversé ou traversant elles-mêmes des troubles psychiques, mettent leur expérience au service de l’accompagnement d’autres personnes concernées. Si cette dynamique connaît une reconnaissance croissante à l’échelle nationale, qu’en est-il vraiment en région Auvergne Rhône-Alpes ? Les enjeux sont nombreux, les attentes fortes, et la réalité encore très hétérogène.

Un déploiement inégal : état des lieux en Auvergne Rhône-Alpes

La région Auvergne Rhône-Alpes, deuxième de France par sa population, se distingue par un tissu associatif dense et des initiatives variées en santé mentale (ARS Auvergne Rhône-Alpes). Pourtant, la pair-aidance y demeure diversement implantée :

  • Les grandes métropoles (Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne) voient naître des projets structurés intégrant des pairs-aidants dans les hôpitaux, CMP, ou associations.
  • Dans les territoires ruraux ou de montagne, l’offre reste très faible, malgré des besoins parfois accrus du fait de l’isolement et du manque de professionnels.

Selon l’étude menée par le Centre Collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (2023), à peine 12 % des établissements psychiatriques de la région avaient intégré de façon formelle un poste de pair-aidant en 2022.

Reconnaissance du rôle : un défi clé à relever

La reconnaissance institutionnelle et professionnelle du rôle de pair-aidant avance, mais reste perfectible. Plusieurs freins subsistent :

  • L’attente d’une définition claire du statut, parfois perçu comme flou par certains établissements ou équipes classiques.
  • Des contrats souvent précaires : beaucoup de pairs-aidants sont en CDD ou sous des formes bénévoles, ce qui limite l’attractivité et la stabilité des parcours.
  • Des écarts de rémunération notables (d’après le rapport IGAS 2021 : IGAS, 2021) entre les établissements, l’éventail allant du bénévolat à des postes équivalents à des emplois d’aide-soignant.

Malgré tout, la dynamique de structuration nationale (création d’un référentiel métier, formations universitaires) commence à irriguer la région. L’Université Lyon 2 propose par exemple depuis 2022 un DU « Pair-aidance en santé mentale », participant à la montée en compétences et à la légitimation du métier.

Formation et transmission : les clés d’une pair-aidance pérenne

La formation joue un rôle crucial pour sécuriser la pratique, et garantir la qualité de l’accompagnement.

  • Plusieurs associations (comme la Fédération des Associations d’Usagers en Santé Mentale Auvergne Rhône-Alpes) proposent des cycles de formation et de sensibilisation à la pair-aidance, tout en interpellant les pouvoirs publics sur la nécessité d’un véritable tronc commun régional.
  • Mais de nombreux pairs relèvent encore devoir s’auto-former ou composer avec un compagnonnage informel.
  • La question de la supervision (accompagnement, espaces d’écoute pour les pairs) reste peu institutionnalisée, augmentant le risque d’épuisement.

D’après le témoignage recueilli lors des Journées Troubles Psychiques et Parcours de Vie (Lyon, 2023), « on se forme beaucoup sur le terrain, au contact des autres pairs ou dans les groupes de parole, faute de programmes structurés accessibles ».

Coopérer pour dépasser les résistances

La pair-aidance bouleverse les habitudes des professionnels de santé. Cela provoque parfois des réticences :

  • Crainte de brouiller les frontières entre professionnels et personnes concernées ;
  • Craintes quant à la confidentialité ;
  • Peurs vis-à-vis du « retour à la fragilité » des pairs-aidants eux-mêmes.

Pourtant, ces freins sont atténués dans les structures qui construisent de vraies synergies. Des initiatives dans le Rhône ou la Drôme montrent l’importance de :

  1. Co-construire les projets et les missions, avec une place réelle laissée aux pairs dans les équipes ;
  2. Miser sur la formation croisée et la co-supervision ;
  3. Favoriser des espaces d’échanges réguliers.

Les retours d’expériences de l’UNAFAM 69 révèlent que dans les structures ayant misé sur la valorisation des compétences mutuelles, on observe une réduction du taux d’hospitalisation de 18 % en un an chez les usagers bénéficiant d’un soutien pair-aidant (UNAFAM Rhône).

Accessibilité et inclusion : des enjeux spécifiques à la région

La diversité géographique et sociale de l’Auvergne Rhône-Alpes pose des questions particulières :

  • L’isolement des territoires ruraux : moins d’associations, moins d’offres de soins, accessibilité moindre des formations et des groupes d’entraide.
  • La mixité des publics : la région compte une population étudiante, migrante ou en situation de précarité élevée. Or, tous les modèles de pair-aidance ne s’adressent pas à ces publics, ou nécessitent des adaptations (barrière langue, stigmatisation spécifique, accès au logement…)

Quelques exemples à saluer :

  • L’association Chrysalide à Grenoble qui a développé des binômes pairs-aidants pour les jeunes adultes migrantes en situation de précarité psychique ;
  • La Plateforme d’Accompagnement Pair Isère qui propose des permanences itinérantes pour aller vers les personnes isolées.

Quels impacts sur les parcours ? Premiers enseignements

Les premiers retours en Auvergne Rhône-Alpes confirment ce qu’établissent de nombreux rapports nationaux (Ministère de la Santé, 2022) sur la pair-aidance :

  • Amélioration du rétablissement subjectif (sentiment d’autodétermination, meilleure connaissance des droits et des ressources, renforcement des liens sociaux).
  • Effet positif sur la réduction des rechutes ou hospitalisations non désirées.
  • Changement de regard au sein des équipes sur les compétences des personnes concernées.

Toutefois, il manque des évaluations à grande échelle : la notion d’impact reste encore trop souvent mesurée sur le court terme. Le Collectif Itinéraires, qui regroupe des pairs-aidants de la Loire, travaille actuellement à une base de données régionale pour documenter la diversité des pratiques et des trajectoires.

Perspectives et leviers pour l’avenir

De nombreux chantiers restent ouverts pour permettre à la pair-aidance de s’ancrer durablement et utilement en Auvergne Rhône-Alpes :

  • Harmoniser les statuts et sécuriser les parcours professionnels des pairs.
  • Inscrire la formation initiale et continue dans des dispositifs ouverts, accessibles et adaptés localement.
  • Associer systématiquement les pairs à la gouvernance des établissements, des associations et des dispositifs publics.
  • Favoriser l’innovation, en soutenant les projets expérimentaux notamment dans les territoires moins couverts.

L’enjeu central demeure celui d’une co-construction : la santé mentale ne peut changer de paradigme que si les personnes concernées, notamment via la pair-aidance, sont au cœur de ces transformations, sur tout le territoire régional.

Aller plus loin : ressources et contacts utiles

La pair-aidance en Auvergne Rhône-Alpes illustre la vitalité d’une région qui, entre obstacles et réussites, trace de nouveaux chemins pour une santé mentale plus juste, solidaire et ambitieuse.

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