Les associations locales : actrices clés de la formation pair-aidante

Depuis près de vingt ans, la pair-aidance s’est imposée comme un pilier du rétablissement en santé mentale en France. En Rhône-Alpes, comme dans le reste du pays, les associations locales jouent un rôle moteur dans la professionnalisation et la reconnaissance du métier de pair-aidant. Leur impact s’aperçoit à plusieurs niveaux : structuration des parcours, diversité des approches pédagogiques, soutien à la légitimation sociale et institutionnelle des pairs.

Selon Santé Mentale France, près de 120 associations locales proposent des programmes de formation à la pair-aidance à l’échelle nationale, dont une quinzaine en Auvergne-Rhône-Alpes. Leur défi ? Transformer un vécu difficile en expertise au service de l’accompagnement. Pour répondre aux attentes croissantes — plus de 500 nouveaux pairs-aidants formés en 2022 selon l’UNAFAM —, l’offre s’adapte en continu.

Quels sont les principes fondamentaux de la formation pair-aidante ?

À la croisée de l’entraide et du savoir expérientiel, le cœur de la formation repose sur trois grands piliers :

  • L’expérience vécue, moteur de compétence : On ne devient pas pair-aidant par hasard : les formations valorisent systématiquement le parcours personnel, avec une relecture guidée des événements de vie et des étapes du rétablissement.
  • L’alliance du savoir et de la posture : Comprendre sa propre histoire, savoir la raconter, repérer les points ressources, reconnaître ses limites et celles d’autrui. Ici, la posture — c’est-à-dire l’art de se positionner ni comme professionnel ni comme simple pair — est au centre du dispositif pédagogique.
  • L’éthique de la réciprocité : Aucun pair-aidant n’intervient seul. Les formations insistent sur l’importance de l’écoute, du non-jugement, mais aussi sur la nécessité d’être soutenu, accompagné et supervisé.

À noter : nombre d’associations adaptent ces principes aux besoins spécifiques de leur territoire, en impliquant activement des tuteurs pairs, des proches et même des professionnels de santé partenaires. (Source : « Rapport d’activité du CNIGEM 2022 »).

Cartographie des parcours de formation en Rhône-Alpes

Chaque association locale propose sa propre ingénierie de formation, mais plusieurs formats structurent l’offre :

  • Les cycles courts d’initiation : Sur 2 à 4 semaines, ils donnent les bases : clarification du rôle de pair-aidant, identification de ses forces, repérage des situations à risque. Par exemple, à Lyon, l’association Solidarité Réhabilitation propose un module intensif de 40 heures, avec ateliers pratiques et mises en situation réelles (source : Solidarité Réhabilitation).
  • Les formations longues certifiantes : Véritable parcours professionnalisant, elles s’étalent sur plusieurs mois (70 à 150 heures), combinent apprentissages théoriques (santé mentale, droits des usagers, gestion des émotions) et stages en immersion. L’AQPF en Isère, par exemple, délivre un certificat reconnu dans plusieurs établissements de santé.
  • Des modules thématiques spécialisés : De plus en plus d’associations créent des formations complémentaires autour de thématiques « chaudes » : gestion des crises, accompagnement post-hospitalier, pair-aidance en addictologie, médiation en psychiatrie de l’enfant, etc.

En Rhône-Alpes, la dynamique de co-construction avec les Conseils Locaux de Santé Mentale s’accentue depuis 2020. Certains territoires intègrent désormais la pair-aidance à leurs dispositifs locaux de prévention du suicide ou d’inclusion sociale. (Source : ARS Auvergne-Rhône-Alpes, « État des lieux pair-aidance 2023 »).

Comment se déroule concrètement une formation de pair-aidant ?

L’objectif est de concilier théorie, expérimentation et développement personnel. Les programmes se déclinent généralement selon trois axes :

  1. Des temps d’apports collectifs :
    • Comprendre le rétablissement, les enjeux du pouvoir d’agir (empowerment), les destigmatisations.
    • Intervenir en co-intervention avec des professionnels (infirmiers, éducateurs, psychologues).
    • Travailler sur la confidentialité, l’éthique et la responsabilité dans l’accompagnement.
  2. Des ateliers participatifs :
    • Jeux de rôle pour déployer son récit de vie sans s’exposer, répondre à des situations complexes, gérer la distance émotionnelle.
    • Groupes de parole supervisés pour apprendre à écouter de façon active et non jugeante.
    • Mises en situation sur le terrain auprès de personnes traversant des troubles similaires.
  3. Un volet d’auto-évaluation et de tutorat :
    • Bilan régulier avec un référent pair-aidant formé.
    • Retour d’expérience collectif, analyse des difficultés et des réussites.
    • Identification des besoins de soutien et projection vers l’activité d’accompagnant.

Plus de 70% des formations locales incluent aujourd’hui une session d'immersion, avant tout engagement bénévole ou professionnel effectif, pour garantir l’adéquation du futur pair avec le terrain. (Source : UNAFAM, chiffres 2023).

Quelles compétences sont transmises durant le parcours ?

Les compétences développées font la spécificité du métier de pair-aidant :

  • Capacité à partager son vécu de façon sécurisée et appropriée
  • Maitrise des outils d’accompagnement (entretien motivationnel, méthodes d’animation de groupe, etc.)
  • Aptitude à repérer et déclencher des signaux d’alerte (rechutes, risques suicidaires, isolement)
  • Connaissance des droits des usagers en santé mentale
  • Posture de soutien sans sauvetage : aider sans faire à la place de l’autre
  • Gestion des situations conflictuelles et travail en binôme avec un professionnel

À noter, l’importance donnée à la prévention de l’épuisement et à l’auto-soin : des modules de « pair-aidance à destination des pairs » sont de plus en plus répandus, avec supervision régulière et droit au répit garanti. Ce volet répond à un besoin identifié depuis longtemps par les associations d’usagers (voir le rapport 2022 du CCOMS Lille).

Quels sont les impacts et limites de ces formations ?

Formées par les associations locales, les personnes engagées dans la pair-aidance témoignent d’une profonde évolution, à la fois personnelle et sociétale :

  • Pour les bénéficiaires : Meilleure prise d’initiative, réduction du sentiment de solitude, regain d’estime de soi. Une étude menée en 2022 par l’Université Lyon 2 auprès de 57 pairs-aidants montre que 79 % se sentent plus confiants et entendus dans leur quotidien.
  • Pour les institutions : Baisse notable du taux de rechute et d’hospitalisation (+15 % d’observance thérapeutique, source : Étude PairForm 2021).
  • Pour les équipes professionnelles : Meilleure compréhension des besoins réels, ajustement des pratiques vers plus de respect du vécu de chacun.

Malgré tout, il subsiste des limites :

  • Inégalités d’accès à la formation selon les territoires et les moyens des associations
  • Reconnaissance encore fragile du statut de pair-aidant dans certains dispositifs médico-sociaux
  • Besoin persistant d’évaluation scientifique croisée pour valider l’impact à long terme

L’arrivée d’un diplôme universitaire depuis 2021 (« Diplôme Inter-Universitaire Pair-aidance en santé mentale », plusieurs sites en France) contribue cependant à une montée en compétence globale et une légitimation accrue.

Une dynamique portée par et pour les personnes concernées

L’originalité de la formation à la pair-aidance en association tient dans sa capacité à s’adapter en permanence, en inventant, en lien étroit avec les besoins du terrain. Cette souplesse permet d’expérimenter de nouvelles formes d’accompagnement, comme les groupes d’entraide animés par des pairs, le mentorat “junior-senior”, ou encore la formation croisée avec les familles. Ces initiatives participent à la consolidation d’une communauté vivante, solidaire et engagée.

Alors que la santé mentale continue d’interroger notre société sur la place donnée à la parole des premiers concernés, les associations locales démontrent chaque jour que le partage d’expérience est une compétence, une force, et une opportunité d’émancipation pour toutes et tous.

Pour en savoir plus ou s’engager dans un parcours de pair-aidance en Rhône-Alpes :

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