Pourquoi se former à l’animation de groupes de parole de pairs ? Les enjeux

En France, le développement de la pair-aidance – reconnu par la HAS dans son rapport de 2022 (source : HAS) – a mis en lumière l’importance d’accompagner la professionnalisation, même quand elle s’appuie principalement sur l’expérience vécue. Si animer un groupe de parole ne requiert pas toujours un diplôme spécifique, la formation reste néanmoins un gage de qualité, de sécurité et de pérennité.

  • Maîtriser les outils d’animation et les dynamiques de groupe : Un groupe de parole n’est pas une accumulation d’échanges spontanés. L’animateur·rice doit faciliter la circulation de la parole, prévenir les risques de conflits ou de malaises, respecter la confidentialité.
  • Soutenir le pouvoir d’agir de chacun·e : L’objectif n’est pas d’apporter des solutions toutes faites mais d’activer les ressources du groupe, favoriser l’entraide et l’écoute active.
  • Prévenir les situations à risque : Certaines thématiques, notamment en santé mentale, peuvent toucher à des zones sensibles, réactiver des traumatismes ou générer de l’angoisse. Savoir repérer une situation à risque ou quand passer la main à un professionnel est essentiel.

Panorama des formations existantes en France

Il n’existe pas (à ce jour) de cadre réglementaire strict sur la formation obligatoire à l’animation de groupes de parole de pairs, mais l’offre s’est diversifiée. Certaines formations sont généralistes, d’autres très spécialisées en santé mentale, en addiction, en parentalité, ou encore en prévention du suicide. Voici un panorama des principales options recensées en 2024 :

1. Les formations proposées par les associations de pairs

  • Les groupes d’Entraide Mutuelle (GEM)
    • Les GEM proposent régulièrement des formations internes à l’animation de groupes de parole, souvent assurées par des pairs expérimentés ou des formateurs qualifiés.
    • Elles favorisent la transmission de savoirs expérientiels, l’éthique du « faire avec » plutôt que « faire pour ».
    • Exemple : Un GEM de Lyon proposait en 2023 un module de 18h sur « Créer et animer un groupe d’entraide », centré sur l’accueil des nouveaux membres, la gestion de la parole en groupe, mais aussi les limites de son rôle (source : FEGEM).
  • L’Association Francophone des Groupes d’Entraide Mutuelle (AFGEM)
    • Programme de formations modulaires, parfois ouvertes à des animateurs externes.
    • Référentiel d’animation, ateliers sur la posture de facilitateur, gestion des situations difficiles.
  • France Assos Santé, UNAFAM
    • Ces grandes fédérations proposent des formations adaptées aux groupes de parole pour proches, pour jeunes, ou « groupes à thèmes ». Leurs programmes comportent souvent entre 2 et 4 jours de formation, incluant des mises en situation et du travail sur les limites éthiques.

2. Les cursus pour pair-aidants en santé mentale (avec modules sur l’animation de groupes)

  • Certificat de Pair-aidance en Santé Mentale (CPCM)
    • Enseigné à l’Université Lyon 1, l’Université Paris-Est Créteil, et d’autres, ce diplôme universitaire intègre un module spécifique sur l’animation de groupes de parole de pairs (Université Lyon 1).
    • Volume : 80 à 120 heures sur 6 à 12 mois selon les sites.
    • Part belle aux jeux de rôle, analyse de pratiques, co-animation avec des pairs-experts et des soignants.
  • Formation CReHPsy – Centres Ressources Handicap Psychique
    • Plusieurs Centres Ressources (ex : CReHPsy Auvergne-Rhône-Alpes) organisent des cycles de formation continue à destination de pair-aidants aspirant à animer des groupes.
    • Groupes réduits (via distanciel et présentiel), focus sur les dynamiques relationnelles et les outils d’inclusion.

3. Les formations de médiation par les pairs et de techniques d’animation de groupes

  • IREPS – Instituts Régionaux d’Éducation et de Promotion de la Santé
    • IREPS Auvergne-Rhône-Alpes délivre régulièrement des sessions sur l’animation de groupes de parole, souvent ouvertes à toutes et tous, et axées sur la dynamique participative, la prévention du mal-être et la conduite des échanges.
  • CNAM / INEIST
    • Le CNAM propose des certifications et des modules, notamment « Mener une médiation par les pairs » et « Conduire et animer un collectif participatif ».
    • Format court (de quelques journées à quelques semaines), incluant mises en situation et supervision.

On retrouve également quelques formations proposées par les réseaux de santé locaux ou de grandes structures hospitalières (ex : Réseau Santé mentale Paris ou HCL Lyon). Ces formations s’appuient sur les situations vécues localement et privilégient la coanimation, méthode désormais reconnue comme facteur de sécurité et d’inclusion (source : Réseau R4P – Rhône-Alpes).

Contenus-types et méthodologies des formations

  • Posture du facilitateur : Savoir « être avec » sans s’approprier le vécu de l’autre. Apprendre à se situer entre soutien, vigilance et non-jugement.
  • Gestion du temps, des tensions et des émotions : Savoir instaurer un cadre sécurisant, adopter des règles claires, repérer les dynamiques de groupe (identification des leaders, des personnes en retrait, etc.).
  • Confidentialité et éthique : Sensibilisation à la protection des données personnelles et à la prévention des phénomènes d’emprise ou de dépendance au groupe.
  • Techniques d’écoute active et de questionnement ouvert : Outils pour stimuler l’implication, aider à l’expression des ressentis, limiter la monopolisation de la parole.
  • Situations difficiles : Apprentissage à réagir face à des situations de crise, au découragement ou à la désorganisation d’un échange.

Durée et modalités : à quoi s’attendre ?

La durée et le format des formations varient fortement : de la « formation flash » en deux demi-journées (souvent proposée par les GEM ou les associations locales), jusqu’aux cursus longs à l’université (80 à 120 heures, dont près d’un quart dédié à l’animation de groupe).

  • Formations courtes : Parfaites pour s’initier, expérimenter ou remettre à jour ses pratiques. Surtout adaptées à celles et ceux qui ont déjà l’habitude du travail collectif ou qui ont participé à de nombreux groupes.
  • Formations longues ou diplômantes : Elles accompagnent une prise de fonction professionnelle de pair-aidant ou l’animation de groupe dans des structures plus formelles.

Plusieurs organismes favorisent la mixité des apprenants (pairs, proches, professionnels, bénévoles), ce qui permet de croiser les regards et d’élargir la réflexion. L'observation de groupes existants, l’analyse de pratiques et la coanimation font partie des méthodes les plus dynamisantes aujourd’hui reconnues.

Quelques conseils pour choisir sa formation

  • Vérifier l’implication de pairs formateurs : Une formation « entre pairs » pour l’animation de groupes de parole a bien plus d'impact si elle est pensée, animée ou supervisée par des personnes ayant elles-mêmes l’expérience des groupes.
  • Interroger la place accordée à la sécurité psychique : Toute formation sérieuse doit aborder la gestion des situations d’urgence, le repérage des crises et les relais possibles vers le soin si besoin.
  • Privilégier les sessions intégrant la co-animation : Selon une étude de la FondaMental (2021), les groupes coanimés présentent moins d’arrêts prématurés et plus de satisfaction de la part des participants (FondaMental).
  • Se renseigner sur le suivi post-formation : Accès à de la supervision, groupes d’analyse de pratique, ou possibilité de faire appel à un référent : ces dispositifs augmentent la confiance et réduisent l’isolement de l’animateur ou de l’animatrice.
  • Demander les possibilités de financement : Certaines formations sont éligibles au CPF, d’autres financées par les associations, les collectivités ou dans le cadre d’un retour à l’emploi (Pôle Emploi).

Ressources pratiques et informations complémentaires

  • Sites ressources et bases de données : France Assos Santé, Psycom, Unafam Rhône-Alpes, mais aussi la HAS ou encore le Collectif National des Pairs-aidants recensent régulièrement des sessions ouvertes.
  • Réseau régional :
    • En Auvergne Rhône-Alpes, certains dispositifs innovants (Dispositif de formation croisée Pair-Aidant / Pro, Réseau R4P) permettent de mutualiser les ressources et offrent des ateliers gratuits, sur site ou en visio, pour soutenir les animateurs de groupes.
  • Livres et guides recommandés :
    • « Animer un groupe d’entraide » (Éd. Ere), « Le savoir expérientiel en santé mentale » (D. Jouet, 2021).
    • Guides pratiques diffusés par la FEGEM et France Assos Santé.

Perspectives et besoins émergents

Avec la reconnaissance croissante de la pair-aidance, une professionnalisation progressive se dessine. Les attentes évoluent : la demande de formations plus accessibles, adaptées aux réalités de terrain, mais aussi la reconnaissance officielle du rôle des pairs dans l’animation. Reste à ce que l’État et les structures de santé s’engagent davantage pour démocratiser l’accès et sécuriser le parcours de formation.

Pour toute personne concernée ou désirant s’impliquer, il s’agit d’un chemin aussi transformationnel que collectif. S’entourer, se former, partager et avancer avec d’autres reste le meilleur levier pour faire vivre la force des groupes de parole : un espace où, ensemble, on se renforce et on construit du possible.

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