Définir la pair-aidance au cœur du milieu associatif

La pair-aidance, c’est l’accompagnement par et pour les personnes ayant vécu, ou vivant un trouble psychique ou un handicap psychique. Elle suppose une implication du vécu, une transmission d’expérience et une reconnaissance de compétences souvent ignorées dans les circuits habituels de l’accompagnement. Selon le Réseau français sur la pair-aidance en santé mentale, 60 % des pairs-aidants ont débuté dans des associations ou dispositifs communautaires, avant d’intégrer des structures publiques ou privées [Pairaide.fr].

  • Différences avec d’autres rôles d’accompagnement : La pair-aidance mise sur la réciprocité, l’égalité entre personnes concernées, et l’utilisation du vécu non comme une faiblesse mais comme une compétence ressource.
  • Dans l’associatif : Elle se décline en actions de soutien, de médiation, de prévention, d’animation de groupes de parole, ou d’accompagnement dans les démarches administratives et de soin.

Pourquoi intégrer la pair-aidance dans une structure associative ou communautaire ?

  • Des preuves tangibles d’efficacité : Une étude menée en 2021 par Psycom montrait que les groupes de pair-aide réduisaient de 30 % l’isolement social ressenti chez les participants au sein de structures associatives [Psycom].
  • Une transformation du regard : L’intégration de pairs-aidants favorise une dynamique d’empowerment et de co-construction, et contribue à déstigmatiser durablement les troubles psychiques.
  • Une ressource pour l’entourage : Associations et collectifs y trouvent un levier précieux pour soutenir familles et proches, souvent eux-mêmes isolés face au parcours de l’aidé.
  • Un moteur d’engagement citoyen : La pair-aidance place au centre les droits, la dignité, et la participation active. Elle s’inscrit dans la logique des droits du patient et de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.

Principales étapes et conditions de réussite

Créer un cadre ouvert et sécurisant

  1. Sensibiliser et co-construire : Organiser des séances d’information, inviter des porteurs de projet (autres associations, pairs-aidants, chercheurs), recueillir les attentes et inquiétudes des membres. 85 % des associations ayant mis en place une démarche participative lors du lancement ont constaté une meilleure acceptation des pairs-aidants en interne [Unafam].
  2. Travailler le cadre éthique et déontologique : Définir les limites, les rôles, les responsabilités partagées et les règles de confidentialité dès le début. Outiller les équipes pour dialoguer sur le vécu, en sécurité.

Recruter, former, accompagner les pairs-aidants

  1. Mettre en place un processus de recrutement ouvert : Valoriser la diversité des profils (âge, genre, trajectoires), avec une attention particulière aux personnes aux parcours méconnus ou non linéaires. Privilégier l’expérience vécue et l’envie de s’impliquer.
  2. Investir dans la formation initiale et continue : En France, 72 % des pairs-aidants en association n’ont pas accès à de véritables modules de formation reconnus [GCS PsyRA]. Or, une formation modulaire sur l’écoute, la posture, la gestion des situations de crise et la connaissance du cadre législatif renforce la crédibilité et l’aisance des nouveaux pairs-aidants.
  3. Miser sur l’accompagnement et le tutorat : Un suivi spécifique, avec des temps de supervision réguliers et la possibilité de s’appuyer sur des professionnels ou d’autres pairs expérimentés, sécurise la démarche et limite l’épuisement.

Déployer la pair-aidance dans la vie associative

  • Créer des espaces dédiés : Cercles de parole, ateliers, actions de médiation… Plus de 40 % des associations interrogées par l’Unafam ont développé des espaces mixant usagers, proches, professionnels et pairs-aidants.
  • Encourager une gouvernance participative : Intégrer des pairs-aidants dans le conseil d’administration ou dans des groupes de pilotage permet un regard renouvelé sur les projets et une meilleure adéquation aux besoins du terrain.
  • Évaluer et ajuster : Mettre en place des outils d’auto-évaluation, de retour d’expérience, et des moments de bilan collectif, pour ajuster les dispositifs en continu et valoriser les retombées concrètes.

Freins rencontrés et leviers à activer

Freins Leviers
  • Manque de connaissances sur la pair-aidance
  • Réticences à partager le pouvoir avec les personnes concernées
  • Risques d’épuisement ou de surcharge émotionnelle pour les pairs-aidants
  • Manque de financements dédiés et de formation adaptée
  • Organiser des temps de sensibilisation et des retours d’expérience
  • Impliquer des usagers et des pairs dès la conception des projets
  • Offrir un soutien psychologique et des espaces de supervision
  • Solliciter des financements spécifiques (agences de santé, fondations, collectivités)

Zoom sur quelques dispositifs inspirants

  • Le GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle) : Ces structures, présentes dans toute la France, reposent sur l’autogestion et la coanimation par des usagers, avec un soutien des professionnels. À Lyon, le GEM Mosaïc’ accueille près de 200 personnes chaque année, et plus de la moitié des activités sont proposées ou animées par des pairs-aidants [GEM Mosaïc’].
  • Le programme Paroles de Pairs : À Grenoble, ce projet au sein de l’association Advocacy réunit pairs-aidants et personnes concernées pour des ateliers de parole et de soutien, avec un vrai retour d’expérience sur la complémentarité avec l’équipe professionnelle [Advocacy France].
  • Le collectif Réhab : En Auvergne Rhône-Alpes, le Réseau Réhab intègre systématiquement des pairs dans ses instances de pilotage et ses formations, avec des modules spécifiquement conçus autour du pair-accompagnement.

Impacts concrets pour les personnes concernées, les proches et l’association

  • Pour les usagers : Amélioration de l’estime de soi, reprise de confiance, accès facilité aux soins et à l’information, valorisation du savoir expérientiel.
  • Pour les proches : Meilleure compréhension du processus de rétablissement, réduction de l’épuisement familial, constitution de réseaux de soutien entre pairs.
  • Pour les associations : Dynamisation de la vie associative, innovations dans l’accompagnement, structuration de projets ancrés dans les réalités du terrain, attractivité plus forte auprès d’un public plus large.

Perspectives et axes d’évolution

La pair-aidance, bien intégrée dans les structures associatives et communautaires, devient un puissant levier collectif d’émancipation et d’entraide. Il s’agit désormais pour le secteur de consolider la reconnaissance du statut de pair-aidant, de généraliser les accès à la formation et à la supervision, mais aussi de sortir la pair-aidance de la seule sphère du handicap ou de la santé mentale pour l’ouvrir à d'autres formes de vulnérabilité. L’expérimentation de dispositifs inter-associatifs et la mise en réseau à l’échelle régionale ou nationale (à l’image du collectif France Pair-Aidance) sont des pistes prometteuses pour les prochaines années. La clé réside dans la combinaison précieuse de l’expérience, de la compétence et de la valeur du vivre ensemble, pour toutes les associations citoyennes qui entendent faire progresser l’inclusion et la solidarité en Rhône-Alpes... et ailleurs.

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